Notre approche

L’approche anti-oppressive, c’est une manière de penser et d’agir qui cherche à reconnaître et à réduire les injustices dans la société. Elle commence par une prise de conscience : dans nos lois, nos institutions, notre manière de vivre ensemble, il existe des formes de pouvoir qui créent de l’injustice et de l’exclusion. L’approche anti-oppressive cherche à voir ces rapports de pouvoir, pour mieux les comprendre et les transformer. Elle nous invite à faire attention à la manière dont, parfois sans le vouloir, on peut reproduire ces injustices dans nos actions ou nos projets.

Quand on travaille dans le milieu communautaire, il n’est pas rare de retomber, malgré soi, dans de vieux réflexes.Par exemple, en proposant des solutions toutes faites sans prendre le temps d’écouter vraiment le vécu de la personne.

Dans ce cas-là, on se place en position de « sachant », comme si on savait mieux qu’elle ce qui est bon pour elle. Même avec la meilleure des intentions, ça peut faire du mal.

La personne peut se sentir incomprise, voire inférieure ou inadéquate.

Dans le milieu communautaire, on entend parfois des phrases comme :

« Les membres ne veulent pas vraiment s’impliquer. »

« Ils n’ont pas les capacités. »

« Ils ne sont pas motivés. »

Souvent, ces phrases ne viennent pas d’une mauvaise intention. Elles naissent d’un constat, d’une impression :
« Les gens n’ont pas l’air intéressés à participer ou à prendre des décisions. »

Mais sans qu’on s’en rende compte, ce genre de discours peut faire du tort. Pourquoi ? Parce qu’il enferme les gens dans des cases : marginalité, dépendances, jeunes décrocheurs, etc. Et quand on pense à leur place qu’ils ne sont pas capables, on finit par décider pour eux… avant même qu’ils aient pu essayer. On leur enlève une chance d’agir, de se découvrir, de prendre leur place.

L’approche anti-oppressive, au contraire, propose autre chose : Redonner du pouvoir aux personnes. Les aider à retrouver confiance. À se sentir capables de faire des choix, de participer, de s’impliquer.

Et si on veut vraiment faire de la gestion participative, cette approche est essentielle.

Pourquoi ?

Parce qu’elle nous aide à réduire les écarts de pouvoir entre les salarié(e)s, les membres, les bénévoles, les participant(e)s.

Elle permet aussi de créer un climat de confiance, où chacun et chacune peut se sentir accueilli·e, respecté·e, écouté·e.

Si on veut une gestion participative qui soit vraie, inclusive et durable, il faut être conscient(e) des dynamiques de pouvoir.

Nous vivons dans un monde où certaines personnes, avant même de naître, ont déjà plus de privilèges que d’autres.

C’est comme dans un jardin : Certains plants ont eu du bon terreau, du soleil et de l’eau depuis longtemps. D’autres ont poussé dans l’ombre, sur un sol pauvre, sec.

Les recherches en psychologie sociale montrent que ces biais inconscients sont fréquents. Ça ne fait pas forcément de nous de « mauvaises personnes », mais ça veut dire qu’on a tous un travail à faire : apprendre à reconnaître nos propres biais, à comprendre nos privilèges, et à remettre en question certaines idées reçues.

Dans ce texte, on parle surtout du racisme, mais ce genre de discrimination touche aussi d’autres groupes, comme :

  • Les femmes
  • Les personnes LGBTQ+ (gays, lesbiennes, bisexuel·les, trans, non-binaires…)
  • Les personnes en situation de handicap
  • Les personnes issues de milieux pauvres
  • Les personnes immigrantes
  • Les personnes vivant avec des enjeux de santé mentale
  • Les jeunes… et les personnes âgées

Bref, beaucoup de gens vivent encore de l’exclusion ou de l’injustice — même si, officiellement, la loi dit que tout le monde est égal.

Quand plusieurs formes de discrimination se croisent

Toutes les personnes mentionnées plus tôt peuvent vivre de la discrimination ou, à tout le moins, se sentir exclues ou mal à l’aise à cause de leur identité.

Mais que se passe-t-il si une personne fait partie de plus d’un de ces groupes à la fois ?

C’est là qu’entre en jeu ce qu’on appelle l’approche intersectionnelle.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce terme : l’intersectionnalité vient d’une théorie féministe. Au départ, elle visait à montrer que le sexisme (discrimination basée sur le genre) ne suffit pas à expliquer toutes les injustices que vivent certaines femmes. Il faut aussi considérer d’autres facteurs comme la couleur de peau, le handicap, l’orientation sexuelle, la classe sociale, etc.

Comme dans l’approche anti-oppressive, l’intersectionnalité s’intéresse aux rapports de pouvoir entre les groupes dans une société.

Mais pourquoi parle-t-on d’intersectionnalité ?

Parce que cette approche s’intéresse aux points de croisement entre différentes formes d’oppression.

Autrement dit, une personne peut vivre plusieurs discriminations en même temps, et celles-ci s’entremêlent dans son quotidien.

Le but ici est de vous inviter, peu importe qui vous êtes, à réfléchir à vos privilèges et à vos biais implicites — ces réflexes ou jugements qu’on peut avoir sans s’en rendre compte.

Pourquoi participer ?

Avant de se lancer dans une transition vers la gestion participative, il est essentiel de se poser une question simple : Pourquoi est-ce que je veux que plus de membres participent ?

Dans une approche participative, on prend les décisions ensemble, on écoute tout le monde, on crée de l’espace pour les idées et les vécus de chacun(e).

Mais pour que ça fonctionne vraiment, il faut aussi être capable de reconnaître ses propres angles morts. Sinon, on risque, sans le vouloir, de reproduire les mêmes formes d’exclusion qu’on souhaite justement éviter.

Prenons un exemple concret :

Imaginons un Centre pour femmes qui veut adopter une gestion participative. Les employées sont toutes des femmes blanches cisgenres.

Si des femmes immigrantes veulent s’impliquer, il se peut — même avec les meilleures intentions — que les employées mettent en doute leur capacité à participer, en se disant par exemple :

« Elles ne comprennent pas bien comment ça fonctionne ici » ou « Il y a une trop grande barrière de langue ».

Si on ne prend pas conscience de nos biais, on risque de poser des gestes ou de dire des choses qui, sans qu’on le veuille, deviennent des microagressions. Et ces petites agressions, cumulées, finissent par exclure celles et ceux qu’on voulait justement inclure.

Lorsqu’on est en gestion participative, il faut porter une attention particulière aux rôles que l’on prend en tant que salarié(e).

Par exemple, si l’on invite les membres à participer aux rencontres de gestion de l’organisme, il faut s’assurer que lesdites rencontres sont accessibles à tous.

Est-ce que le langage est approprié pour que tous comprennent ?

Il est important d’adopter un langage clair que tout le monde va comprendre. Il est alors important de porter une attention au non-verbal des gens à qui l’on parle et au besoin, de demander s’ils ont bien compris.

La créativité est toujours un bon outil pour aider à se faire comprendre. Faire des schémas, des dessins, est un excellent moyen de passer des idées.

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